Mr M. Tounessi
Titre original de l’article : « Si un pays ne crée pas de richesses, il ne peut réduire la pauvreté de manière durable »
Le FIDA poursuit son engagement en Côte d’Ivoire à travers trois projets financés sur des prêts, depuis 2000. Il s’agit du Projet d’appui à la commercialisation et aux initiatives locales dans la région Centre-Nord (PACIL) basé à Bouaké, du Projet de développement rural de la région du Zanzan (PDRZ) et, enfin, du Projet d’appui aux petits producteurs Maraîchers des régions de savane (PPMS) dont le siège est à Korhogo. Les décaissements en faveur des projets PACIL et PPMS ont été gelés suite aux problèmes de sécurité dans la zone des deux projets. Toutefois, en accord avec le gouvernement et grâce à l’appui du Programme des Nations- unies pour le développement (PNUD), nous avons convenu de réactiver les deux projets compte tenu des perspectives d’amélioration en matière de sécurité, de stabilité politique et des élections prévues cette année...
Nous redémarrons avec un programme d’urgence. Il vise, d’une part, à rétablir les capacités de production des petits paysans qui ont souffert de la crise, par une distribution de semences, d’intrants et d’outils à ces paysans. D’autre part, il s’agira, dans ce programme, de faciliter l’accès des populations rurales à l’eau potable par la réparation des pompes et la réhabilitation de forages.
En même temps, nous allons engager une mission de revue de portefeuille pour redéfinir les objectifs de ces projets, afin de les recentrer sur les besoins exprimés par les populations, tout en tenant compte du contexte actuel de la Côte d’Ivoire. Au FIDA, nous nous tenons prêts à reprendre des activités à plus grande échelle, une fois que la paix sera revenue de manière durable dans le pays.
En consultation avec tous les opérateurs et les autres bailleurs de fonds, nous envisageons d’entreprendre d’abord, des discussions pour préparer un cadre stratégique d’intervention du FIDA pour la période 2008-2012. Ensuite, nous identifierons de nouveaux programmes d’investissement dans le domaine de l’agriculture et du développement rural, sans oublier celui de l’accès au financement rural à travers les « banques rurales » que nous avons appuyées jusqu’à ce jour. Ces programmes devraient répondre davantage à la demande.
Il faudrait aussi revoir tous les problèmes liés à la production agricole. Cela suppose que l’on se rapproche des filières pour rendre cohérent notre appui aux petits paysans, de manière à intégrer leur production dans la chaîne de commercialisation et de transformation en Côte d’Ivoire.
Voici les grands axes sur lequel le FIDA va évoluer cette année et certainement l’année prochaine en Côte d’Ivoire, dans le cadre des deux projets dont les activités ont déjà démarré avec l’appui du PNUD.
C’est l’objet de la mission de formulation et de revue de portefeuille. Elle va permettre d’appréhender les différents problèmes, les contraintes, mais aussi les défis à relever. Nous allons donc réorienter les objectifs de ces projets, en fonction de l’exercice que nous allons engager sur le terrain.
C’est vrai, le FIDA est engagé dans la lutte contre la pauvreté depuis 30 ans. Mais, ce n’est pas la seule institution qui intervient dans ce domaine. Par ailleurs, il ne faudrait par réduire les actions du FIDA à la seule réduction de la pauvreté. Il ne faut pas perdre de vue les actions en faveur de la création de richesses et pour la contribution de l’agriculture au PIB du pays. Si un pays ne crée pas de richesses, il ne peut pas, de manière durable, réduire la pauvreté. Il y a donc lieu de mettre en perspective la réduction de la pauvreté avec le cadre beaucoup plus large de la création de richesses à travers le secteur agricole qui est, en l’occurrence, un secteur très important en Côte d’Ivoire.
C’est vrai que nous avons constaté, et pas seulement en Côte d’Ivoire, que malgré tous les efforts, malgré tous les investissements faits par le FIDA et d’autres bailleurs de fonds, la pauvreté n’a pas reculé. Bien au contraire, elle a avancé. Le problème est donc lié à la croissance économique et à la croissance de la population. Si la croissance démographique est plus forte et plus rapide que la croissance économique, automatiquement, cela engendre des conséquences au niveau de l’augmentation de la pauvreté. S’il n’y a pas de croissance économique, on observe très nettement des distorsions au niveau de la réduction de la pauvreté. Tout est donc lié.
Par ailleurs, plus que l’accroissement des richesses, il faut aussi une répartition équitable de ces richesses-là. Et, jusqu’à présent, il faut avouer que le monde rural n’a pas toujours bénéficié d’une répartition équitable des richesses du pays. Ce problème n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. On observe cela, malheureusement, dans beaucoup de pays : en Asie et en particulier en Afrique. L’enjeu et le défi consistent à créer de la richesse, garantir la croissance économique et assurer une redistribution équitable des richesses à tous les secteurs de l’économie.
Les politiques le savent. Ce diagnostic, tout le monde le fait. Mais, le développement est très complexe et a des implications multisectorielles. En touchant un secteur, on affecte un autre. De sorte que, on peut avoir des résultats positifs dans un secteur donné, mais qui ont un impact négatif sur d’autres secteurs d’activité. Ce sont donc tous les équilibres qui sont concernés par les indicateurs de performance et de suivi macroéconomique. Il n’est pas évident de faire un diagnostic et de trouver des solutions. Celles-ci dépendent aussi de chaque pays et de sa capacité propre à s’approprier les investissements qui y sont faits. Il est souhaitable qu’il y ait au niveau des pays une attitude proactive par rapport à tous les investissements que nous faisons ; et qu’on n’attende pas que les initiatives viennent d’ailleurs. Il faut que les paysans et les différents acteurs agissent eux-mêmes, pour leur propre développement.
Bien sûr qu’il y a de l’espoir, notamment à travers cette jeunesse dont regorge l’Afrique et donc la Côte d’Ivoire. Cette jeunesse-là doit s’impliquer dans tout le processus de développement. Il faut absolument les intégrer par la création d’emplois, mais aussi donner la possibilité aux jeunes du monde rural de se fixer dans leurs propres zones et de promouvoir leurs propres entreprises. C’est une dynamique économique et sociale qui est globale. Les jeunes sont certainement l’espoir de la Côte d’Ivoire.
Par Benoît TANOH, Fraternité Matin, Côte d’Ivoire, 13 juillet 2006
Source : www.fratmat.net/content/detail.php ?cid=mG6fZO4064F
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