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Etude sur l’observatoire des racines et tubercules au Cameroun : rapport provisoire de première phase

Cette étude sur l’Observatoire des racines et tubercules au Cameroun analyse la situation actuelle du système de commercialisation et à la définition d’un observatoire national sur la filière.

Les racines et tubercules (R&T) sont cultivés dans les cinq zones agro-écologiques du Cameroun et constituent la base de l’alimentation de la grande majorité de la population camerounaise : ils représentent 70% de la superficie cultivée totale du pays et 46% de la production vivrière. La production et la transformation des R&T constituent la première activité et la deuxième grande source de revenus (après les cultures de rente) des populations rurales, en général, et la première pour ce qui concerne les femmes et les jeunes en particulier. A ce titre, la filière contribue de façon majeure à la réduction de la pauvreté. La production totale de R&T est estimée à 4,6 millions de tonnes [1], le manioc en représente 50%, le macabo/taro 25%, l’igname 16%, la patate douce 5%, et la pomme de terre 4%.

Outre les intervenants publics et parapublics (bailleurs de fonds, ministères, projets de développement et structures d’appui-conseil), les principaux acteurs de la filière sont :

  • Les producteurs : qui sont dans le cas d’espèce des producteurs-vendeurs. Cette catégorie d’acteurs est constituée par de petits exploitants agricoles (en majorité des femmes) qui ne disposent généralement pas d’équipement de stockage et qui mettent directement en vente le surplus de leur production après récolte.
  • Les transformateurs : ce sont en majorité des femmes (le plus souvent productrices) qui transforment les R&T (farine, cossettes, bâtons) pour en prolonger la durée de vie et le maintien de leur qualité nutritionnelle.
  • Les collecteurs/grossistes : ce sont des commerçants (ou leurs intermédiaires) qui achètent les produits auprès des producteurs au stade bord-champ ou sur les marchés ruraux, en vue de les revendre ultérieurement. Ils sont communément appelés au Cameroun les « bayam sallam » et sont, de loin, le groupe le plus dynamique.
  • Les transporteurs : ils assurent, à l’aide des moyens de transport variés (motos, pousse, taxi brousse, camionnettes) le transport des marchandises des villages vers les marchés ou des marchés ruraux vers les grands centres urbains et les marchés extérieurs.
  • Les détaillants : ce sont des commerçants (professionnels ou non) qui ont, en règle générale, un emplacement sur le marché où ils revendent les produits par unité de mesure locale à des individus achetant pour leur propre consommation.
  • Les consommateurs finaux : ils sont de deux types - les ménages et les consommateurs industriels.

Dans ce contexte, le PNDRT a pour objectifs :

  • le renforcement des capacités d’organisation des petits producteurs et transformateurs de R&T ;
  • l’amélioration durable de l’accès des organisations de producteurs de R&T aux marchés ;
  • l’amélioration durable de l’accès de ces producteurs et transformateurs à des techniques appropriées de traitement post récolte et de transformation ;
  • une contribution majeure à la croissance de la production particulièrement celle des paysannes pauvres.

La méconnaissance des mécanismes de fonctionnement des marchés et la diffusion des prix des R&T est durement ressentie par les producteurs et les transformateurs (groupe cible du PNDRT) qui sont fortement désavantagés car, ne disposant généralement pas d’équipement de stockage, ils mettent directement en vente le surplus de leur production et se retrouvent généralement perdants au terme des échanges commerciaux du fait du caractère périssable des R&T.

A cet effet, la mise en place d’un Observatoire National des Racines et Tubercules (ONRT) permettant la diffusion des informations commerciales à destination des producteurs, commerçants et consommateurs participe indubitablement à la réalisation des objectifs du PNDRT. L’ONRT aura quatre fonctions :

  • Une fonction de centrale d’information sur la filière avec la mise en place d’un Système d’Information sur les Marchés (SIM) pour :
    • Participer à la régulation des marchés par une meilleure connaissance du potentiel commercialisable par produit et par région et des prix pratiqués ;
    • Fournir une information objective aux producteurs, mais également aux autres acteurs : intermédiaires, transformateurs, exportateurs ;
    • Participer ainsi à la transparence des marchés.
  • Une fonction d’interprétation des processus de transformation et de commercialisation des produits de la filière pour fournir un outil commun d’interprétation des dynamiques économiques, sociales, écologiques au sein de la filière. Pour ce faire, des études spécifiques porteront sur la caractérisation des comportements des opérateurs en fonction de quelques variables économiques (offre, demande, prix, etc.) ;
  • Une fonction d’évaluation de l’impact des actions de développement grâce à un suivi des statistiques sur l’ensemble de la filière pour donner à chaque campagne l’information sur chacun des opérateurs de la filière (production, transformation et commercialisation) ;
  • Une fonction prospective contribuant à l’émergence d’une interprofession de la filière R&T dont les représentants seront associés à la définition, à la mise en œuvre et à la diffusion des activités de l’observatoire.

L’organisation de l’ONRT est structurée en fonction des missions qu’il doit à accomplir :

  • Favoriser une meilleure connaissance des marchés et des acteurs, à travers la collecte, le traitement et la diffusion des informations sur les marchés et la mise à la disposition des acteurs, des clés d’interprétation sur les évolutions des marchés de racines et tubercules ;
  • Fournir aux acteurs actuels et potentiels, la base référentielle nécessaire au développement de la production et de la commercialisation des racines et tubercules, à partir des données techniques et économiques utiles, fiables et normalisées ;
  • Conduire sur sa propre initiative ou à la demande, des activités d’études et de recherches sur le sous-secteur des racines et tubercules ;
  • Favoriser des échanges et des plates formes de négociation entre les différents intervenants publics/institutionnels et privés dans le but d’améliorer le fonctionnement et la compétitivité de la filière ; Pour mener à bien ces missions, l’ONRT sera une structure légère, dotée d’une autonomie de gestion administrative et financière. Son organisation devrait s’inspirer de celle du PNDRT, pour la maîtrise d’ouvrage (MINADER), l’agence de suivi (’UNOPS) et la maîtrise d’œuvre (Unité de Gestion du PNDRT).

La Structure opérationnelle de l’ONRT comprendra un délégué national de l’ONRT, un informaticien, cinq délégués commerciaux régionaux à raison d’un délégué par antenne.

Un réseau d’enquêteurs au niveau des marchés cibles A partir de l’année 2010, le personnel de l’ONRT sera mis à la disposition de l’Interprofession nationale de racines et tubercules à qui reviendra la responsabilité de la gestion de l’Observatoire.

Pour que l’ONRT remplisse progressivement les missions qui lui sont assignées et qu’il devienne un outil incontournable pour le développement de la filière et de l’Interprofession, il faudra mettre en œuvre des actions dont la finalité est de :

1. rendre l’ONRT opérationnel et le doter d’une personnalité propre ;
2. mettre en place un système d’information décentralisé, produire des informations et les rendre disponibles au public cible à coûts moindres,
3. rendre l’ONRT pérenne.

Sur ce dernier point, particulièrement important les conditions suivantes devraient être remplies :
1. L’ONRT est doté d’un personnel productif ;
2. L’ONRT rend des services de qualité en réponse aux attentes des bénéficiaires
3. L’ONRT met en place un système transparent de gestion administrative et financière
4. L’ONRT met en œuvre de manière progressive des mécanismes d’autofinancement
5. L’ONRT met en place un système de suivi-évaluation

La réussite de l’Observatoire étant directement liée à l’intérêt des informations qu’il diffusera et surtout à la crédibilité de celles-ci, sa mise en œuvre doit être faite progressivement en privilégiant la qualité, la rapidité et la précision de l’information. La stratégie préconisée consiste à commencer rapidement par la diffusion périodique des prix des racines et tubercules sur 60 marchés cibles répartis dans les 5 antennes. En effet, les « prix » intéressent tous les acteurs de la filière (producteurs, commerçants, transformateurs, mais aussi Etat, partenaires au développement). Cette publication des prix va favoriser la visibilité de l’observatoire, attirer l’adhésion des partenaires et faciliter la mise en œuvre des autres activités prévues.

Il est proposé, en période de démarrage de l’Observatoire de se concentrer sur les racines et tubercules frais et de passer ensuite (en fonction de l’évolution de la situation) aux produits transformés.

[1] La connaissance de la filière racines et tubercules est encore très insuffisante, tant quantitativement (surfaces, rendements, productions, pertes) qu’économiquement (prix de revient, revenu, valorisation du travail, rentabilité des spéculations

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