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PPMS - Côte d’Ivoire : Processus de production des semences certifiées de riz et de maïs

Titre : Processus de production des semences certifiées de riz et de maïs en Côte d’Ivoire

Suite à la flambée des prix des denrées alimentaires observée en 2007 et 2008, le Gouvernement ivoirien a élaboré une stratégie de relance de la production vivrière avec en point de mire : le développement des cultures liées à la sécurité alimentaire des ménages, la couverture des besoins en consommation de riz blanchi estimé à 1,3 millions de tonnes à l’horizon 2016 et le développement des activités de production des cultures de grande consommation que sont le riz, le maïs, le manioc et l’igname.

Une exploitation de maïs à Ferkessédougou Cette volonté est cependant limitée par l’indisponibilité des semences de qualité et leur inaccessibilité, la non maitrise des techniques culturales et des activités post-récolte des produits vivriers et le manque d’informations sur les prix et les marchés. Ces contraintes contribuent à la baisse de la productivité, à l’accroissement des pertes post-récolte, à la réduction des revenus escomptés par les producteurs et à l’accroissement de la pauvreté.

C’est dans ce contexte que la Côte d’Ivoire bénéficie des ressources financières au titre du Don de Facilité Alimentaire de l’Union Européenne pour la mise en œuvre du Programme de Facilité Alimentaire (PFA), intitulé : Projet d’appui à l’intensification et à la valorisation des productions vivrières dans les régions des savanes.

L’objectif général du projet est de contribuer à la lutte contre la pauvreté. Plus spécifiquement, le projet vise à la production de semences certifiées, à une meilleure valorisation, et à la facilitation de la mise à marché des productions agricoles. Ce projet s’approprie ainsi la reconstitution du capital semencier du maïs, du riz, de l’igname (semenceaux) et du manioc (boutures) en Côte d’Ivoire.

Le Don de l’Union Européenne pour le financement de ce projet s’élève à 2 283 000 Euros soit 1 497 549 831 frs CFA. Le Programme de Facilité Alimentaire (PFA) est mis en œuvre par l’Unité de Coordination du Projet d’appui aux petits Producteurs Maraîchers dans les régions des Savanes (PPMS), lui-même financé par le FIDA.

Le PFA couvre la zone d’intervention du PPMS et a pour principaux partenaires d’exécution : AfricaRice (ex ADRAO), CNRA, CSRS, ONDR (ex PNR), le Service officiel des semences et plants du Ministère de l’Agriculture, l’Association Nationale des Producteurs Semenciers de Côte d’Ivoire (ANASEM CI), le Laboratoire d’analyses des semences (LANASEM) et l’ANADER. Prévu pour être mis en œuvre du 1er janvier 2010 au 30 septembre 2011, la signature de l’accord de don n’est intervenue que le 12 juillet 2011 avec effet rétro actif à partir du 1er janvier 2010. Ce retard dû à la crise post électorale qu’a connue la Côte d’Ivoire a entraîné des perturbations qui ont engendré une prorogation de trois mois fixant la date d’achèvement au 31 décembre 2011 et la clôture au 31 janvier 2012.

Le présent article se focalise sur la production de semences certifiées de riz et de maïs. En effet, le maïs, produit dans toutes les régions de la Côte d’Ivoire permet aux producteurs d’obtenir un revenu substantiel quand l’itinéraire technique est maîtrisé.

Cette production devrait permettre d’assurer l’alimentation de la population et de satisfaire les besoins de plus en plus croissants de l’élevage et de l’agro alimentaire. Quant au riz, il est devenu le principal aliment de base de la majorité des ménages ivoiriens. Mais le faible niveau d’exploitation des superficies disponibles et des rendements sont à la base d’une production insuffisante qui exige des importations notoires pour combler les déficits constatés.

Cependant les producteurs de ces deux spéculations sont confrontés à une faible productivité liée à la qualité de la semence.

La production de semences certifiées de riz et de maїs dans le cadre du Programme de Facilité Alimentaire (PFA) s’est déroulée dans les anciennes régions de la Vallée du Bandama et des Savanes, et a fait l’objet d’une contractualisation entre le PFA et l’Office National du Développement de la Riziculture (ONDR). Ce contrat a porté sur la production et la certification de 900 tonnes de semences certifiées de riz irrigué, 180 tonnes de semences certifiées de riz pluvial et 360 tonnes de semences certifiées de maïs, soit environ 1 400 tonnes de semences traitées, conditionnées et certifiées. Pour atteindre ces objectifs, l’ONDR et ses partenaires ont identifié des semenciers et mis à leur disposition des intrants (semences de base, engrais et herbicides, outillage de production, etc.). De même, l’appui conseil/ formation des semenciers et les contrôles de qualité des semences ont été assurés.

A l’issue du projet, environ 1037 tonnes de semences ont été produites réparties comme suit :
- (i) 835,4 tonnes de semences certifiées de riz irrigué, soit 92,86 % des prévisions par 847 producteurs dont 390 femmes ;
- (ii) 95,5 tonnes de semences de riz pluvial, soit 53,1% des prévisions par 1371 producteurs dont 1209 femmes. Ce taux est lié aux pluies tardives qui ont fortement contribué à la baisse des rendements ;
- (iii) 107 tonnes de semences de maïs réalisées par 1030 producteurs dont 230 femmes, au lieu 360 tonnes attendues, soit une contreperformance avec un taux de 29,7 % des prévisions ;
- (iv) 1 600 000 boutures de manioc produites par 170 producteurs dont 99 femmes ; soit une excellente performance de 100% des prévisions ;
- (v) enfin la non production des semenceaux d’igname pour raison de retard sur le calendrier cultural.

La certification est selon les règlements techniques, considérée comme "l’aboutissement d’un processus de contrôles permettant à une autorité officielle de s’assurer que les semences produites possèdent un minimum de pureté variétale et répondent à des normes technologiques et sanitaires".

Ce processus a été exécuté par l’ONDR, le LANASEM, l’ANASEM, le SDSI a consisté en quatre phases : Le pré contrôle, le contrôle aux champs, l’échantillonnage pour les analyses par le LANASEM et la délivrance du certificat.

Sur cette base, la phase de pré contrôle qui comporte l’identification, l’agrément (attestation d’agréage) et la formation des multiplicateurs et le choix des parcelles, a été réalisée. La formation des semenciers a porté sur l’importance de la semence de qualité, les techniques de contrôle au champ, les techniques d’échantillonnage, le contrôle de qualité, la certification des semences et plants, le traitement et le conditionnement des semences, la législation semencière, l’itinéraire technique de production de semences (le choix du site, l’isolement, la densité des cultures, les antécédents culturaux, la propreté des parcelles, l’état sanitaire des cultures, etc..).

Le contrôle au champ a consisté à vérifier l’origine des semences de pré base fournies aux semenciers et à inspecter les conditions et normes de leur production. Cette phase a permis de relever des cas d’impureté des semences fournies (présence de hors-types) et de déclasser un certain nombre de parcelles (mauvais état sanitaire, non respect de l’isolement, etc.). Ainsi, une moyenne de 09,11% des superficies emblavées ont été déclassées parce que ne remplissant pas les conditions de production de semences. Ce taux est de 22,5% pour le riz pluvial et de 2,09% pour le maїs.

1:Une exploitation rizicole à Bouaké A l’issue de cette phase, un certificat de contrôle d’agréage ou de contrôle en végétation est délivré aux multiplicateurs dont les parcelles répondent aux normes.

En ce qui concerne l’échantillonnage en vue de l’analyse, les récoltes issues des champs agrées ont été conditionnées par l’ONDR. Le LANASEM a prélevé des échantillons appropriés et représentatifs des lots qui ont été analysés au laboratoire national d’analyse des semences. Les analyses des semences au laboratoire ont permis d’évaluer les critères de qualité sur au total 1137 échantillons.

Les résultats des analyses portant sur 6 tests de routine :

Résultats
Analyse maïs riz irrigué riz pluvial
Test de germination 93 % 84% 86%
Pureté spécifique 99,67% 98,34% 99,16%
Pureté variétale 99,7 % 997% 99,8%
Test d’humidité 13,07% 12,83% 12,67%
Poids de 1000 grains 253,1173% 23,1356% 28,4193%
Etat sanitaire Présence d’Aspergillus flavus et de rhizopus sur 37% des stocks Présence de l’aspergillus flavus et curvilaria et fusarium moniliforme sur 19% des stocks Présence de curvilaria et fusarium sur 14% des stocks

A la suite de l’analyse au laboratoire, 1 100 bulletins d’analyse ont été délivrés par le LANASEM. 

Au vu de l’attestation d’agréage et du bulletin d’analyse, une attestation de conformité ou de non-conformité (selon les résultats), est délivré aux producteurs par le Ministère de l’Agriculture (SDSI)

En somme, la certification des semences certifiées produites dans le cadre du PFA a été un processus très instructif et apprécié par les parties prenantes. Mais il mérite que l’on mette en lumière les entraves à son bon déroulement et à l’atteinte de bonnes performances des semences produites.

Le processus de certification a été considérablement perturbé par l’environnement post électoral en Côte d’Ivoire. En effet la première mission de constatation des récoltes a été effectuée en juin 2011, alors que les récoltes ont été faites d’octobre 2010 à décembre 2010.

D’autres difficultés techniques ont aussi entravé le bon déroulement du processus : l’indisponibilité de la semence de base, la faible capacité opérationnelle des structures d’intervention. En effet, Le laboratoire d’analyse n’a pas pu faire le prélèvement sur site pour tous les échantillons, faute de moyens`de déplacement. En définitive, l’analyse au laboratoire, phase finale du processus n’a porté que sur les 1400 tonnes rachetées aux semenciers sur environ 2800 tonnes produites.

Tous les résultats sont disponibles. Le reste des récoltes non rachetés n’a pas fait l’objet d’analyse. Avec les expériences d’appui à la production semencière menées en collaboration avec la Coopération technique allemande, GTZ (projet Riz Nord), la FAO, l’UE et le FIDA, les producteurs et semenciers comprennent le bien fondé de la certification de semences, de l’approvisionnement en semences de qualité et de leur renouvellement.

D’une manière générale, le secteur semencier en Côte d’Ivoire rencontre plusieurs contraintes. Entre autres, une faiblesse opérationnelle et un cloisonnement institutionnel du dispositif de la certification des acteurs de la certification qui rendent difficile la collaboration. Les acteurs tels que le Service Officiel des Semences et Plants, le LANADA, le LANASEM, le CNRA appartiennent des Ministères techniques différents) appartiennent à des Ministères différents.

Des opérateurs vendant du matériel végétal de mauvaise qualité, un manque de système de financement adapté à la production semencière, l’absence d’un réseau efficace de distribution et de commercialisation de semences et plants ont constitué des handicaps sérieux au bon déroulement du processus.

Pour remédier à cet état de fait, l’Etat a confié récemment à l’établissement public national (EPN) qu’est l’Office National du Développement du Riz (ONDR) la mission d’élaboration et de mise en œuvre d’un mécanisme durable de production et de diffusion semencière du riz.

L’expérience sur la production et la certification de semences de riz et de maïs initiée par le Programme de Facilité Alimentaire en Côte d’Ivoire a permis aux différents acteurs impliqués dans le processus de production de semences de riz et de maïs certifiées, non seulement de tirer plusieurs leçons, mais aussi d’être un catalyseur pour remettre en marche le dispositif de certification en Côte d’Ivoire, en veilleuse depuis la fermeture de l’Office des Semences et Plants (OSP), en 1994.

Il ressort de l’expérience qu’il est impératif, pour améliorer le dispositif de certification, de mettre en place une plate forme commune de concertation, pour une meilleure implication des acteurs du processus de production de semences de riz et maïs certifiées et une coordination de leurs interventions sur le terrain. En outre, le renforcement des capacités techniques des partenaires tels que le LANADA, l’ONDR et l’ANADER qui n’arrivent pas à jouer pleinement leurs rôles dans l’accompagnement des acteurs à la production de semences de riz et de maïs, s’avère nécessaire. Il ya également nécessité de renforcer les capacités des contrôleurs en matériels, en équipements et moyens de déplacement pour des contrôles réguliers. Les semences de bonne qualité exigent la vérification des semences d’origine, la validation des parcelles, l’accompagnement technique des producteurs, l’inspection des cultures aux champs, l’échantillonnage des lots de semences après conditionnement au niveau du paysan, et enfin des analyses au laboratoire des lots de semences et la mise à disposition des résultats aux multiplicateurs semenciers.

Il est recommandé en terme d’amélioration du processus de production de semences certifiées :
- (i) d’organiser un atelier avec tous les acteurs impliqués pour dynamiser le processus de production et mieux coordonner les interventions ;
- (ii) de mettre en application la politique semencière et le cadre législatif et réglementaire de production et de commercialisation de semences certifiées de riz et de maïs déjà élaborés et validés ;
- (iii) de renforcer les capacités des acteurs impliqués dans le processus de certification des semences ;
- (iv) de mettre en place et de s’appuyer sur l’organe consultatif qu’est « le Conseil National des Semences (CONASEM) » pour la promotion, l’orientation et le suivi des activités de production, de contrôle et de commercialisation des semences des espèces végétales agricoles ;
- (v) d’associer sur le terrain en plus du Service Officiel des Semences et Plants (SOSP), d’autres structures telles que le Laboratoire National d’Analyses des Semences (LANASEM) et la cellule pour la gestion technique du catalogue des espèces et variétés cultivées en Côte d’Ivoire.

Il est également recommandé le renforcement des capacités de la recherche pour la sélection, le maintien et la reconduction du matériel végétal ainsi que la production des semences de pré-base et/ou de base. Nous recommandons également la prise en charge des producteurs semenciers eux-mêmes des tests nécessaires à la certification. Ils devront s’investir dans la production semencière.

En terme de commercialisation, il convient d’encourager et accompagner le secteur privé à assurer sa propre promotion commerciale et ce, dans le strict respect des textes en vigueur. Par ailleurs, pour une meilleure maitrise du processus de commercialisation, il convient de former les semenciers aux techniques de commercialisation et de renforcer leur capacité de stockage et de conditionnement.

En conclusion, pour relever le défi de la productivité et de la rentabilité des exploitations agricoles familiales, et faire reculer l’insécurité alimentaire et la pauvreté en Côte d’Ivoire, il est nécessaire de faire de la certification des semences une priorité. L’Etat, dans son rôle régalien, devra veiller à ce que tous les aspects du processus de certification soient assurés jusqu’à la délivrance de certificats officiels attestant de la pureté, de la qualité et de la performance de la semence.

28 août 2012

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