Les Parcelles d’Initiatives Paysannes (PIP)
PIP, un canal efficace pour le repérage, la valorisation, la promotion et la diffusion des initiatives et innovations porteuses.
Les échecs des projets et programmes antérieurs en matière de vulgarisation basée sur le transfert de paquets technologiques ont insufflé une nouvelle dynamique de recherche au niveau des intervenants de nouvelle génération en milieu rural. Cette révolution commença par l’application des approches comme l’approche gestion des terroirs, ensuite la MARP pour identifier avec les populations les contraintes prioritaires sans cependant leur implication pleine et entière dans la recherche des solutions. Le cas d’échec le plus frappant observé au niveau de la recherche est celui de l’adoption de multitudes de technologies vulgarisées en milieu rural.
Par la suite, l’approche champ école ou démonstrations regroupées, a permis d’avoir un début de solution aux obstacles de transfert de technologies notamment l’adaptabilité de celles-ci au contexte physique et socio économique des populations.
Dans sa démarche, le PPILDA poursuit le renforcement des acquis enregistrés au niveau des champs écoles et des champs de diversités variétales axés sur la promotion et la valorisation des initiatives et innovations paysannes tout en incluant les nouvelles technologies de la recherche dans les différents dispositifs. Aussi, pour faire des paysans des vrais acteurs d’expérimentation et de diffusion des technologies, il a opté d’expérimenter les parcelles vitrines paysannes ou Parcelles d’Initiatives Paysannes (PIP).
Une Parcelle d’Initiative Paysanne (PIP) est un champ d’expérimentation paysanne animée, mise en œuvre, suivie et évaluée par les paysans eux-mêmes avec l’appui du Projet et des opérateurs partenaires. C’est un cadre où sont mises en démonstration des innovations et technologies de productions agricoles pré identifiées comme porteuses provenant de la recherche et/ou du repérage des innovations paysannes.
Une PIP peut avoir une superficie moyenne de 0,5 à 1 ha et peut comporter au maximum 3 technologies à démontrer. Elle est installée sur les grandes voies de communication pour faciliter son accès aux bénéficiaires et aux autres producteurs qui peuvent s’y intéresser.
Objectif assigné
Les PIP visent le renforcement des capacités techniques, opérationnelles et organisationnelles des producteurs autour de :
- L’acquisition de nouvelles technologies d’amélioration de la production agricole ;
- La valorisation des innovations locales ;
- Le transfert et la diffusion des technologies et des innovations locales et/ou externes ;
- Le partage de connaissances et d’expériences entre les producteurs et les partenaires de la recherche et de la vulgarisation.
Les principales étapes de leur mise en œuvre sont :
- Autodiagnostics villageois pour dégager les besoins d’expérimentation ;
- Concertation avec les bénéficiaires sur les besoins de technologies à démontrer, le choix et la définition des objectifs aux niveaux villages et grappes ;
- Identification des animateurs chargés de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation, mandatés par les villages et les grappes ;
- Négociation des protocoles expérimentaux et du dispositif de mise en œuvre et de suivi-évaluation avec les animateurs, les comités de suivi et les responsables des grappes ;
- Mise en œuvre et suivi des PIP :
- les travaux d’installation des parcelles par les animateurs et les partenaires opérationnels ;
- Les entretiens et le suivi de l’évolution des parcelles par les animateurs et les partenaires ;
- Réalisation des échanges autour des PIP :
- Echanges entre producteurs des grappes concernées par les PIP et les animateurs par quinzaine ;
- Echanges entre les animateurs et les paysans des autres grappes (deux à trois visites du début jusqu’à l’évaluation des PIP) ;
- Auto évaluation des PIP aux niveaux villages et grappes :
- Validation et choix des technologies éprouvées, efficaces et offrant un rapport coût/bénéfice avantageux pour les adoptants potentiels avec les animateurs, les producteurs des grappes et les partenaires ;
- Concertations et échanges sur les mécanismes et dispositifs de diffusion des technologies choisies ;
- La capitalisation des résultats techniques et socio organisationnels obtenus par tous les partenaires (analyse des technologies et du dispositif organisationnel, possibilités de réplication, publications, production des fiches techniques etc.).
Choix des animateurs et opérationnalisation du dispositif de main d’oeuvre
Les paysans qui animent les PIP ont été désignés par leurs paires sur la base de deux principaux critères : leurs compétences et leur disponibilité.
La mise en œuvre des PIP repose sur un partenariat entre le projet, les paysans, la direction départementale du développement agricole et les chercheurs.
La gestion des sites prend en compte le partage des coûts entre ces différents acteurs. En effet :
- La direction départementale du développement agricole assure le suivi et l’encadrement des paysans ;
- Les chercheurs apportent les appuis conseils tout au long du processus ;
- Le projet appuie les populations en terme d’intrants nécessaires ;
- Les populations assurent l’octroi des parcelles, apportent de la fumure organique et participent activement au suivi et à l’évaluation.
Quelques résultats de 2006
Au cours de la campagne 2006, première année d’expérimentation des PIP, le PPILDA a mis en place 14 parcelles totalisant environ 18 ha.
Les expérimentations ont porté essentiellement sur les thèmes suivants :
- L’adaptabilité variétale ;
- La fertilisation ;
- La densité de semis ;
- Démonstration des variétés hybrides de sorgho ;
- Test innovation locale de fertilisation à savoir l’apport aux poquets de la fumure de petits ruminants ;
- Vérification de la résistance aux pucerons d’une variété de niébé ;
- Dispositif de diffusion de la variété d’arachide (55 437).
Rendements moyens obtenus par spéculation au niveau des PIP de deux villages
| Sites | Cultures | Variétés | Rdts traitements | Rdts Témoins | gains |
| Bougouzaoua | niébé | KVX | 692 kg/ha | 130kg/ha | 81% |
| Kodaou | mil | CT6 | 800kg/ha | 220kg/ha | 72,5% |
Il s’agit de quelques résultats issus de l’évaluation participative de deux variétés de mil et de niébé cultivées dans des PIP.
Leçons tirées de la mise en oeuvre des PIP
A l’issue de l’évaluation de ce dispositif de PIP avec les populations, il ressort les principales appréciations et leçons se résumant comme suit :
- Importance de l’apport de l’urée au poquet suivi de son enfouissement ;
- Les variétés améliorées, même si elles ont l’avantage d’être précoces présentent l’inconvénient d’être attaquées par les oiseaux et les insectes floricoles, d’où l’importance de retarder les semis de celles-ci ;
- La découverte d’une variété de niébé tolérante aux pucerons ;
- L’importance de la densité de semis et du démariage à trois plants qui permet d’obtenir des pieds vigoureux (car effet de compétition nutritionnelle atténué) ;
- Le cadre d’échanges créé, permet d’une part aux populations d’échanger des connaissances, de se connaître et d’autre part de créer des relations de partenariat entre eux, le projet et les chercheurs ;
- La quantité et la qualité des innovations à introduire dans les PIP dépendent de la capacité d’autodiagnostic des populations ;
- Les PIP constituent un bon canal de transfert de technologies et favorisent les auto réflexions et les auto formations ;
- La mise en œuvre des PIP nécessite un niveau organisationnel important pour faire impliquer en même temps, les animateurs, les membres des comités de gestion des grappes et villages et ceux des comités de suivi-évaluation des activités.